La nouvelle science de l'épigénétique, la transmission intergénérationnelle et pourquoi la guérison n'est pas seulement personnelle
Le cerveau se modifie en fonction de l'expérience : la méditation, la pratique et l'attention intentionnelle peuvent remodeler les circuits neuronaux au fil du temps. Davidson appelle cela la neuroplasticité, et c'est le fondement de ses travaux. Mais il souligne une découverte connexe qui étend ce principe bien au-delà de ce que la plupart des gens imaginent : la plasticité existe non seulement dans le cerveau, mais aussi dans nos gènes.
Voici le domaine de l'épigénétique. Le principe est simple : votre ADN — les paires de bases avec lesquelles vous êtes né — reste en grande partie inchangé tout au long de votre vie. Ce qui change, constamment et de façon dynamique, ce sont les gènes actifs et ceux qui sont inhibés. Davidson compare cela à des gènes dotés de faibles mécanismes de régulation, leur expression étant activée ou désactivée en fonction de ce qui se passe en vous et autour de vous. Et il s'avère que ces mécanismes sont sensibles à un élément que l'on considère rarement comme biologique : votre comportement, votre état psychologique, la qualité de votre vie intérieure.
Notre comportement peut réellement influencer l'expression de nos gènes. L'incarnation de la vertu — la bienveillance, la présence, l'amour — est un phénomène cellulaire. Elle ne se limite pas à l'esprit ; elle imprègne le corps et s'inscrit dans le génome.
Il ne s'agit pas d'une métaphore. Ce fait est publié dans les meilleures revues scientifiques du monde, et Davidson prend soin de le préciser. La manière dont une mère se comporte envers son nourrisson – le degré de chaleur et d'attention qu'elle lui témoigne – peut induire chez cet enfant des modifications épigénétiques qui persistent toute sa vie, influençant le câblage cérébral et le comportement pendant des décennies. Non par l'enseignement. Non par l'exemple. Par la biologie de la relation précoce.
L'étape suivante est à la fois plus difficile et plus porteuse d'espoir. Ces modifications épigénétiques — y compris celles induites par un traumatisme, la négligence ou une peur chronique — peuvent se transmettre de génération en génération. C'est la réalité neuroscientifique du traumatisme intergénérationnel : la souffrance d'une génération peut être transmise biologiquement à la suivante, façonnant le système nerveux, les schémas émotionnels et les réactions au stress d'enfants qui n'ont jamais été témoins du traumatisme initial. Les personnes blessées blessent les autres, et ce schéma obéit à un mécanisme.
Davidson l'affirme sans détour. Il existe, dit-il, de nombreuses preuves neuroscientifiques de la transmission intergénérationnelle des traumatismes. Mais il ajoute ensuite quelque chose qui suit rarement cette phrase :
« Il existe aussi une réalité de transmission intergénérationnelle de la résilience, de la transmission intergénérationnelle de l’éveil. Car les mêmes mécanismes responsables des traumatismes sont aussi responsables du bien-être et de l’épanouissement. »
Même mécanisme. Résultat radicalement différent. Les trajectoires biologiques forgées par des générations de souffrance ne sont pas à sens unique ; ce sont les mêmes voies qui, par la pratique, la pleine conscience et la culture délibérée d’états mentaux positifs, peuvent être orientées vers l’épanouissement. Chacun part d’un niveau différent en raison de son héritage, reconnaît Davidson. Mais cette voie est accessible à tous.
C’est là qu’une troisième découverte prend toute son importance, car elle répond à une question qui, autrement, pourrait rester sans réponse : si nous luttons contre des générations de schémas héréditaires, vers quoi tendons-nous exactement ? Les recherches de Davidson sur les nourrissons offrent une réponse à la fois surprenante et, une fois qu’on y réfléchit, profondément rassurante.
Des études montrent que durant les années précédant l'apparition des biais implicites — soit environ les trois premières années de vie —, les enfants privilégient systématiquement et quasi unanimement les interactions prosociales et bienveillantes aux interactions égoïstes ou agressives . Chez les nourrissons dès l'âge de six mois, cette préférence est mesurable : ils sourient davantage face à un comportement prosocial et le fixent plus longtemps du regard. Ce pourcentage varie entre 90 et 100 % selon les études. Il ne s'agit pas d'un résultat anodin. La bienveillance, explique Davidson, n'est pas quelque chose que l'on acquiert. C'est une qualité innée qui, en l'absence de conditions favorables, tend à se masquer.
« L’amour est plus fondamental en nous que la haine », dit-il. « Je pense qu’il faut apprendre à haïr, mais l’amour est inné. » Il établit une analogie avec le langage : nous naissons tous avec une prédisposition pour cela, mais elle a besoin d’être cultivée pour se développer pleinement. La bienveillance fonctionne de la même manière. La graine est originelle. Ce qui lui arrive dépend de son environnement.
Cela redéfinit la véritable nature de la pratique. Lorsque nous méditons, lorsque nous explorons nos récits intérieurs, lorsque nous privilégions la présence à la réactivité, nous ne cherchons pas à imposer quelque chose d'étranger ni à atteindre un idéal inaccessible. Nous nous familiarisons, comme le dit Davidson, avec la nature fondamentale de notre propre esprit. Nous retrouvons quelque chose qui a toujours été là, recouvert par la peur et les blessures héritées.
En combinant ces trois constats, une évidence se dégage : vos états mentaux ne sont pas des événements privés enfermés dans votre crâne ; ils s’inscrivent dans votre génome. Votre génome, façonné par votre expérience, peut être transmis à la génération suivante. Et ce qui est transmis dépend, en partie, de ce que vous cultivez en vous dès maintenant.
Davidson travaille avec son maître de méditation, Mingyur Rinpoche, à un livre intitulé « Transformer le poison en remède » . Ce titre résume parfaitement la démarche. Le même mécanisme biologique qui a engendré des générations de souffrance est celui qui, délibérément orienté vers l'éveil, peut initier un avenir différent. La guérison n'est pas seulement personnelle ; son impact est immense et nous commençons à peine à le comprendre.
Le dalaï-lama l'a exprimé simplement : « Le câblage de notre cerveau n'est pas statique, ni irrévocablement figé. Notre cerveau est aussi adaptable. » Cette adaptabilité est à la fois la blessure et le remède – et, il s'avère, un don que nous transmettons, que nous le voulions ou non.